Lomé, janvier 2026 – Les producteurs togolais de cacao et de café observent une baisse notable des prix proposés pour leur récolte depuis plusieurs mois. Cette tendance, qui contraste fortement avec les niveaux atteints l’année précédente, soulève des interrogations sur la stabilité du marché et a conduit les professionnels du secteur à se réunir pour examiner la situation.
La chute des cours a notamment entraîné une accumulation de stocks chez les producteurs et les exportateurs, ralentissant les transactions commerciales. Face à ce phénomène, une concertation d’urgence a été organisée à Lomé entre les différents acteurs de la filière.
Une volatilité marquée sur les deux dernières années
L’année 2024 avait été caractérisée par des prix historiquement élevés pour les fèves de cacao. Sur les marchés togolais, le kilogramme avait pu atteindre près de 6 630 Francs CFA. Ce niveau s’était maintenu au début de l’année 2025, où les cours dépassaient encore 4 420 Francs CFA.
Un dernier sursaut de volatilité avait été enregistré en mai 2025, permettant au prix de franchir brièvement le seuil de 5 525 Francs CFA. Cependant, à partir de l’été 2025, une tendance à la baisse progressive mais continue s’est installée. Les cours se sont alors stabilisés autour de 3 315 Francs CFA, une évolution liée aux prévisions d’une récolte plus abondante pour la campagne 2025-2026.
Cette descente s’est accentuée jusqu’en ce début d’année 2026. Le 23 janvier, un point bas a été touché à 2 240 Francs CFA le kilogramme, marquant le niveau le plus faible observé depuis deux ans. Ce prix représente une diminution de plus de 60% par rapport au pic enregistré au printemps 2025. À la fin du mois de janvier, une certaine stabilisation semblait s’amorcer autour de 2 390 Francs CFA.
Les prix actuels au bord du champ et les coûts de production
Sur le terrain, les transactions directes avec les planteurs reflètent cette évolution des marchés. Les observations faites le 27 janvier 2026 font état de prix bord champ situés autour de 1 800 Francs CFA le kilogramme pour le café. Pour le cacao, la fourchette se situe entre 1 500 et 1 800 Francs CFA.
Ces montants sont à comparer avec les prix indicatifs officiels publiés pour la seconde quinzaine de janvier, qui étaient de 1 530 Francs CFA pour le café et de 1 885 Francs CFA pour le cacao. Les tarifs pratiqués sur le terrain apparaissent donc légèrement supérieurs pour le café, et dans la fourchette basse pour le cacao.
Selon les estimations communiquées par les professionnels de la filière, le coût financier pour produire un kilogramme de café est évalué à 550 Francs CFA. Pour le cacao, ce coût de revient se situe à 650 Francs CFA. Au regard de ces chiffres, les prix actuels laissent encore une marge aux cultivateurs, mais l’inquiétude grandit face à la tendance baissière persistante.
La concertation de Lomé pour faire face aux stocks immobilisés
La chute des prix a eu un effet immédiat et tangible : la paralysie partielle des transactions commerciales. Acheteurs et exportateurs, anticipant une poursuite de la baisse, ont ralenti leurs achats, tandis que les producteurs, espérant un rebond, ont parfois retenu leur marchandise.
Cette situation a conduit à l’accumulation de stocks importants à chaque maillon de la chaîne. Pour apporter une réponse collective à ce blocage, une réunion de concertation a été convoquée à Lomé le mercredi 28 janvier 2026. Producteurs, acheteurs, exportateurs et représentants des unités de transformation y ont participé.
L’objectif de cette rencontre était d’identifier les causes de la crise actuelle et d’envisager des solutions pratiques pour débloquer la situation. Un constat partagé est rapidement ressorti : des volumes considérables de fèves sont actuellement immobilisés, en attente d’écoulement.
Un volume national de stocks préoccupant pour la filière togolaise
À l’échelle du Togo, dont la production est modeste comparée à celles de la Côte d’Ivoire ou du Ghana, les stocks en attente sont estimés à environ 1 500 tonnes. Ce volume est jugé significatif pour la capacité d’absorption du marché national et constitue un défi immédiat pour les acteurs locaux.
Enselme Gouthon, secrétaire général du Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), a apporté son analyse sur les cycles du marché. Il a rappelé que la campagne précédente avait été marquée par des prix très élevés, non pas en raison d’une production record, mais à cause d’une baisse de l’offre mondiale.
« Les prix ont fortement augmenté parce que la production a chuté dans les principaux pays producteurs comme la Côte d’Ivoire et le Ghana », a-t-il expliqué. Cette baisse de production a été attribuée à une combinaison de facteurs, incluant les effets du changement climatique sur les cultures, le vieillissement de nombreuses plantations et le renouvellement limité des cultivateurs.
Les pistes de sortie de crise évoquées par les professionnels
Les discussions de Lomé ont abouti à une orientation principale : la nécessité d’un effort partagé à court terme pour relancer le marché. L’idée avancée est que chaque acteur, du producteur à l’exportateur, accepte de réaliser ses transactions à un prix légèrement inférieur à ses espérances initiales.
Cet ajustement conjoint des attentes aurait pour but de fluidifier les échanges et de permettre l’écoulement des stocks accumulés. L’objectif sous-jacent est de préserver la dynamique commerciale de la filière dans l’espoir que, lors d’une future remontée des cours, les pertes consenties aujourd’hui puissent être en partie compensées.
Le secrétaire général du CCFCC a souligné l’urgence de la situation : « Cette année sera très difficile, il faut donc être prudent et mieux s’organiser, surtout être patient. Les prix continuent de baisser et il faut trouver très vite des solutions adéquates afin de libérer les stocks existants. »
Un ralentissement marqué des exportations
L’impact de cette conjoncture difficile est clairement visible dans les chiffres du commerce extérieur. Une comparaison avec la période équivalente de l’année précédente révèle un net ralentissement.
Au 28 janvier 2025, les exportations de fèves de cacao togolaises avaient déjà dépassé le seuil de 10 000 tonnes. Les données disponibles pour la même date en 2026 indiquent que les volumes exportés atteignent à peine 5 000 tonnes. Cette réduction de moitié du volume commercialisé illustre l’ampleur du ralentissement des transactions.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité des filières agricol

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