Enselme Gouthon, secrétaire général du Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC), a ouvert les débats en rappelant une caractéristique fondamentale de ces économies. « Les pays producteurs de café et de cacao restent structurellement fragiles. Nous produisons ce que nous ne consommons pas et consommons ce que nous ne produisons pas », a-t-il souligné.
Cette dépendance aux marchés d’exportation, selon lui, expose pleinement les producteurs aux fluctuations des prix déterminés par les grands pays consommateurs. La campagne agricole 2024-2025 a fourni une illustration récente et marquante de cette vulnérabilité.
Une campagne récente marquée par des paradoxes et une chute des cours
La saison 2024-2025 a présenté un tableau contrasté pour les producteurs ouest-africains. Les prix de vente ont connu des niveaux historiquement élevés, dépassant par moments les 6 000 francs CFA le kilogramme pour le cacao. Cependant, cette hausse des tarifs s’est accompagnée d’une baisse significative des volumes produits dans les principaux bassins, comme ceux de la Côte d’Ivoire et du Ghana.
Plusieurs facteurs expliquent cette contraction de l’offre. Les effets du changement climatique, avec des épisodes de sécheresse ou des pluies irrégulières, ont affecté les rendements. Le vieillissement progressif des plantations de cacaoyers et de caféiers, ainsi que celui des agriculteurs eux-mêmes, sans renouvellement suffisant de la main-d’œuvre, constituent d’autres raisons structurelles.
L’entrée en vigueur de nouvelles réglementations européennes, visant à lutter contre la déforestation importée, a également introduit des contraintes supplémentaires pour les exportateurs ouest-africains, complexifiant l’accès à ce marché essentiel.
Cette combinaison de forte demande et d’offre réduite a créé une instabilité extrême sur les marchés. Après avoir atteint des sommets, les prix se sont effondrés en quelques mois, retombant parfois en dessous de 2 000 francs CFA le kilogramme, plongeant l’ensemble de la filière dans une situation difficile.
Des stocks bloqués et une recherche de solutions collectives
La chute brutale des cours a eu un effet immédiat : la paralysie partielle des transactions commerciales. De nombreux acteurs, des producteurs aux exportateurs en passant par les acheteurs intermédiaires, se sont retrouvés avec d’importants stocks de fèves qu’ils ne parvenaient plus à vendre à des prix rémunérateurs.
Pour un pays dont la production totale reste modeste à l’échelle mondiale, comme le Togo, l’accumulation de plus de 1 500 tonnes de stocks invendus représente un défi de taille, mettant en péril la trésorerie des exploitations et des entreprises.
Lors de la réunion à Lomé, Enselme Gouthon a pointé le manque de dialogue et de coordination entre les différents maillons de la chaîne comme un facteur aggravant cette vulnérabilité, dont les producteurs, souvent les moins organisés et les moins capitalisés, font les frais en premier lieu.
L’objectif de la rencontre était précisément de débloquer cette situation par une approche collective. Les participants ont évoqué la nécessité d’accepter des ajustements de prix temporaires et de partager les pertes engendrées par la crise pour permettre l’écoulement des stocks et redonner de la fluidité au marché.
La transformation locale et la solidarité comme pistes pour l’avenir
Face à cette instabilité jugée inhérente aux marchés mondiaux de matières premières, les acteurs locaux explorent des voies pour renforcer leur résilience. La transformation des fèves sur place n’est pas une idée nouvelle, mais elle connaît un développement progressif.
La promotion de la consommation locale de produits à base de cacao et de café, ainsi que l’émergence d’unités de transformation compétentes sur le territoire, constituent des dynamiques encourageantes. Bien que le marché intérieur reste limité comparé aux volumes exportés, la circulation d’environ 40 tonnes de produits transformés issus de ces filières démontre l’existence d’une demande locale.
Pour Enselme Gouthon, la conclusion est claire : dans un environnement mondial incertain, la voie la plus durable pour les filières café et cacao ouest-africaines passe par une solidarité renforcée entre tous les acteurs, une anticipation plus fine des aléas du marché et une organisation collective plus efficace. C’est à cette condition, estime-t-il, que ces secteurs pourront retrouver progressivement un équilibre économique plus stable et plus juste pour l’ensemble de leurs participants.

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