Le métayage, une activité saisonnière qui façonne des vies dans le centre du Togo

Le métayage, une activité saisonnière qui façonne des vies dans le centre du Togo

Kaboli, région Centrale, Togo, janvier 2026 – Au cœur de la région Centrale du Togo, sur une ferme située près de la localité de Kaboli, des centaines de personnes trouvent chaque année une source de revenus à travers le métayage. Cette pratique agricole, qui lie un travailleur à une exploitation pour une durée déterminée, attire une main-d’œuvre venue de diverses régions du pays et même des États voisins.

Ces travailleurs saisonniers, parmi lesquels les femmes sont nombreuses, participent principalement à la culture et à la récolte de l’anacarde. Leur séjour, qui peut durer plusieurs mois, leur permet d’accumuler un capital financier destiné à des projets personnels une fois de retour dans leurs communautés d’origine.

Une main-d’œuvre mobile venue de loin

Les visages rencontrés sur les parcelles de Kaboli racontent des trajectoires géographiques étendues. Les métayers indiquent provenir de villes togolaises comme Bassar, Anié et Atakpamé, situées parfois à plusieurs centaines de kilomètres. D’autres ont franchi la frontière, arrivant du Bénin voisin pour participer aux travaux agricoles.

La durée de leur engagement est liée au cycle des cultures, en particulier à la période exigeante du ramassage des noix de cajou. « Nous venons au moment du ramassage de la noix de cajou et restons 2 voire 3 mois avant de repartir », expliquent certaines travailleuses. Pendant cette période, ils sont logés et nourris sur l’exploitation, ce qui leur permet d’épargner la majeure partie de leur rémunération.

Le rôle central des femmes dans les travaux saisonniers

Sur cette ferme, la répartition des tâches voit les femmes occuper une place prépondérante dans les opérations clés de la production. Leur travail est essentiellement orienté vers les phases de semis, de récolte et, de manière plus intensive, de collecte des noix de cajou, qui constituent la principale culture de rente de la zone.

Pour beaucoup de ces travailleuses, cette activité représente une des rares occasions d’accéder à des revenus monétaires significatifs en un laps de temps relativement court. Le caractère éprouvant du labeur manuel est contrebalancé par la perspective d’une rémunération concentrée.

« Si tu as bien travaillé, tu peux repartir avec 200 mille parfois même 300 mille Francs CFA à la fin de ton séjour », rapportent-elles. Cette somme, épargnée grâce à la prise en charge du logement et de la nourriture, constitue un capital de départ pour des projets ultérieurs.

Du champ au commerce : les métamorphoses d’un capital

L’utilisation des gains issus du métayage témoigne d’une volonté d’investissement et d’ancrage local. De nombreuses femmes rencontrées décrivent un parcours répété : elles reviennent périodiquement pour les gros travaux agricoles, accumulent des fonds, puis rentrent dans leur village pour développer une activité commerciale ou renforcer une affaire existante.

« Beaucoup d’entre nous sont passées par ici pour lancer leurs propres commerces dans leurs communautés », précisent-elles. Cette dynamique circulaire – alternance entre travail saisonnier à la ferme et vie économique au village – contribue à maintenir une présence en milieu rural. Elle permet le financement de petites entreprises, souvent des commerces de détail ou de transformation de produits locaux, qui deviennent des sources de revenus durables en dehors des saisons agricoles.

Un engagement à vie pour certains travailleurs

Si pour beaucoup le métayage est une étape, pour d’autres, il se transforme en un mode de vie et une carrière complète. Agourou Inoussa, présent sur la ferme de Kaboli, en est un exemple. Il déclare avoir trente ans d’expérience dans cette activité.

« C’est avec cette activité que j’ai payé le terrain, construit et je vis avec ma famille de 9 enfants. J’ai construit ma vie dans ces activités de métayage », témoigne-t-il. Son récit illustre comment, sur le long terme, ce travail peut assurer la subsistance et permettre des projets familiaux conséquents, comme l’acquisition de terres et la construction d’une habitation.

Il ajoute une condition importante à cette réussite : la relation avec le propriétaire de l’exploitation. Selon lui, la pérennité et la rentabilité du métayage dépendent fortement de trouver « une bonne personne qui vous paie bien en fonction de votre travail et qui vous comprend ». Cette relation contractuelle et humaine apparaît comme le pilier d’une expérience positive.

L’impact socio-économique au-delà de la ferme

Le phénomène observé à Kaboli a des répercussions qui dépassent les limites de l’exploitation. En canalisant une demande de travail saisonnier et en offrant des revenus concentrés, ce type de ferme joue un rôle dans la stabilisation des populations rurales.

Elle offre une alternative à l’exode vers les grandes villes côtières, comme Lomé, en fournissant des opportunités économiques temporaires mais récurrentes à proximité des zones de départ. Les capitaux ramenés au village stimulent les économies locales, où ils sont réinjectés dans la consommation et dans des micro-investissements.

Cette pratique révèle ainsi une facette souvent méconnue de l’économie agricole ouest-africaine. Derrière la pénibilité reconnue des tâches agricoles manuelles se déroulent des parcours d’accumulation, d’entrepreneuriat modeste et de construction familiale. Le métayage, dans ce contexte, ne se limite pas à une relation de travail ; il fonctionne comme un mécanisme de redistribution de ressources et de mobilité sociale à une échelle micro-locale, reliant le destin d’une ferme à celui de nombreux foyers dispersés dans la sous-région.

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