Un rapport souligne les inégalités persistantes des femmes dans l’agroalimentaire en Afrique subsaharienne

Un rapport souligne les inégalités persistantes des femmes dans l’agroalimentaire en Afrique subsaharienne

Dakar, Sénégal, septembre 2025 – Un nouveau rapport sur la place des femmes dans les systèmes agroalimentaires d’Afrique subsaharienne a été présenté lors du Forum Africa Food Systems. Ce document, fruit d’une collaboration entre plusieurs institutions, dresse un état des lieux chiffré de leur participation et des disparités qui perdurent.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Natural Resources Institute de l’Université de Greenwich et l’organisation African Women in Agricultural Research and Development (AWARD) sont à l’origine de cette publication. L’aperçu du rapport, intitulé « La situation des femmes dans les systèmes agroalimentaires d’Afrique subsaharienne », a été dévoilé en anglais.

Une main-d’œuvre féminine massive mais concentrée dans certains segments

Les données présentées montrent l’importance numérique des femmes dans ce secteur. En Afrique subsaharienne, environ trois femmes sur quatre, soit 76%, exercent une activité liée aux systèmes agroalimentaires. Dans l’ensemble de ce secteur, elles représentent près de la moitié (49%) de la main-d’œuvre totale.

Une évolution notable est observée dans la répartition de leurs emplois. La part des femmes travaillant dans les segments situés en dehors de l’exploitation agricole elle-même – qui incluent la transformation, la distribution, la vente ou la préparation des aliments – est passée de 21% en 2005 à 29% en 2022. Cette progression indique une diversification graduelle de leurs activités économiques dans la filière.

Cette répartition reste cependant très inégale. Les femmes sont particulièrement présentes dans la transformation et les services alimentaires, où elles constituent environ 73% de la main-d’œuvre. En revanche, leur part n’est que de 3% dans le secteur du transport des denrées, une activité souvent considérée comme plus masculine.

Un travail souvent informel, peu reconnu et confronté à des obstacles d’accès aux ressources

Le rapport met en lumière le caractère précaire d’une grande partie de l’emploi féminin. Plus de 90% des femmes actives dans les systèmes agroalimentaires de la région travaillent dans le secteur informel. Leur contribution économique reste fréquemment peu visible, insuffisamment valorisée et faiblement rémunérée, ce qui limite leur capacité d’influence et de progression.

L’accès aux ressources productives fondamentales, comme la terre, constitue un autre obstacle majeur. Dans vingt-huit des trente-trois pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données fiables existent, les hommes ont une probabilité significativement plus élevée que les femmes de posséder des terres agricoles ou de détenir des droits fonciers sécurisés. Cet écart se retrouve également pour l’accès à d’autres ressources naturelles essentielles comme l’eau et les forêts.

Abebe Haile-Gabriel, sous-directeur général de la FAO et représentant régional pour l’Afrique, a commenté cette situation. « Les systèmes agroalimentaires en Afrique subsaharienne reposent sur le travail informel, domestique et de subsistance des femmes », a-t-il déclaré. Il estime nécessaire des investissements et des politiques incitatives pour créer davantage d’emplois formels et rémunérés pour les femmes, et recommande d’étendre les programmes de protection sociale pour sécuriser leurs moyens de subsistance.

Des enjeux de santé, de sécurité alimentaire et des pistes de transformation

La vulnérabilité des femmes dans ce secteur a également des dimensions sanitaires et nutritionnelles. Environ 64% de la population d’Afrique subsaharienne a connu une situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère en 2024, selon les dernières estimations, avec 11,2 millions de femmes de plus que d’hommes touchées. Près de 40% des femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) dans la région souffrent d’anémie.

Par ailleurs, de nombreuses femmes sont exposées à des risques pour leur santé dans le cadre de leur travail agricole ou de transformation, et les violences basées sur le genre y sont signalées comme répandues.

Malgré ce constat, le rapport note l’existence d’initiatives positives. L’action collective pour défendre les droits fonciers des femmes, la lutte contre les violences de genre et leur leadership croissant dans les mouvements agroécologiques sont cités comme des évolutions encourageantes. La Dre Lora Forsythe, professeure associée au NRI, souligne que « ces changements peuvent améliorer les moyens de subsistance et le bien-être des femmes, et garantir que leurs priorités soient davantage prises en compte dans la prise de décision ».

La Dre Susan Kaaria, directrice d’AWARD, a présenté le rapport à Dakar. Elle a insisté sur l’efficacité des approches transformatrices pour s’attaquer aux causes profondes des inégalités. « Parvenir à l’égalité des genres et à l’autonomisation des femmes dans les systèmes agroalimentaires est à la fois un impératif moral et un choix politique judicieux », a-t-elle affirmé, y voyant une clé pour la justice sociale, la sécurité alimentaire et la résilience climatique.

Ce travail de recherche a bénéficié d’un financement du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), basé à Ottawa, au Canada.

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